Post 1 :
Anne-Marie Valette
28/09/2006 13:03:26
Il faut voir l'évolution. Quand j'ai passé le CAPES, en 2001, le pédagogisme était le début et la fin de toutes choses, le pédagogisme était la Foi. La moindre dissension faisait de vous un réprouvé auquel il valait mieux ne pas adresser la parole. Quand vous émettez des doutes auprès de l'institution et que, en retour, on vous conseille de consulter un psy de la MGEN, je vous assure que cela glace le sang.
Depuis, les associations comme 'Sauver les Lettres', 'Reconstruire l'école' et plein d'autres, plus de sacrés râleurs comme JPB sont au moins parvenus à amorcer un débat. On parle, on discute, on s'engueule, cela ne vole pas toujours très haut, mais au moins le mur de silence se fendille.
Il ne faut pas oublier d'où l'on vient : les pédagogistes maitrisent tout l'appareil de l'éducation nationale, ils disposent de budgets gigantesques qui transitent par les dizaines d'officines pédagogistes (IUFM, ESEN, IREM, sections 70 à la fac, INRP, CNDP, CRDP, INNOVALO), ils sont maîtres des syndicats, imposent leur recrutement, dominent l'inspection, ils ont la mainmise sur la totalité des médias spécialisés (monde de l'educ, cahiers pédagos, café pédago, l'école des lettres, etc) ainsi que sur les principaux éditeurs scolaires ....
et, malgré cela, avec quelques assoces loi 1901, des fanzines photocopiés et des livres parus chez de petits éditeurs, nous sommes parvenus à secouer le cocotier. Franchement, il y a de quoi être fiers de ce que nous avons accompli, si l'on considère les moyens dont nous disposions au départ.
Une chose nous a cependant aidés : nous avons la réalité de notre côté. La ruine de l'éducation nationale est telle, elle s'exprime suivant des critères suffisamment objectifs (illettrisme galopant jusqu'en licence ; résultats exécrables de nos universités ; bidonnage systématique des statistitiques, dont les résultats du bac sont un bon exemple ; augmentation de la violence scolaire et des pathologies graves touchant les adolescents ; crise inouïe des vocations, dont l'ednat ne parvient plus à masquer l'ampleur ; fuite des cerveaux ; incapacité à former des spécialistes compétents, comme des professeurs, des scientifiques ou des chirurgiens, etc.) qu'il faut être un fanatique ou un crétin pour ne pas s'apercevoir qu'on a pris la mauvaise direction.
Cela dit, ne chantons pas victoire. L'ampleur du saccage est telle que nous ne parviendrons pas à rétablir la situation avant des décennies -- à supposer que cela soit encore possible. Tout ce qu'on peut faire, c'est créer des îlots de résistance, sur le modèle du GRIP, et tenter de sauver ce qui peut encore l'être.
Anne-Marie Valette.
Post 2 :
scol_11
28/09/2006 14:43:10
Excellent texte ! Pourrions-nous savoir qui en est l'auteur ? Merci.
Post 3 :
madel1
28/09/2006 17:43:03
C'est très bien résumer la situation actuelle de l'enseignement en France. J'ai pris ma retraite ne pouvant plus supporter de travailler avec des collègues et des supérieurs hiérarchiques aveugles, de mauvaises foi. J'avais des idées sectaires quand je pronais la méthode alphabétique de lecture. Malheureusement rien a changé depuis la rentrée en Alsace malgré les notes du Ministre. Il faut continuer de se battre, d'informer les Parents.
Post 4 :
Jean-Pierre Garcin
28/09/2006 20:20:59
'L'ampleur du saccage est telle que nous ne parviendrons pas à rétablir la situation avant des décennies -- à supposer que cela soit encore possible.'
Pardonnez-moi mais cette phrase ne me sied pas.
Il est possible de redresser la situation rapidement. J'y crois fermement.
Post 5 :
Jean-Pierre Garcin
28/09/2006 20:21:21
D'ailleurs nous n'avons pas le choix.
Post 6 :
Anne-Marie Valette
28/09/2006 21:44:33
Pour scol : J'ai trouvé ce texte sur le blog de JP Brighelli, d'un certain Pierre-Henri.
JPG, je suis désolée, mais si vous ne croyez pas qu'il faudra des dizaines d'années, c'est que vous n'êtes pas très documenté sur la situation réelle de l'Education. Je viens de lire qu 'un enseignant d'économie fait du soutien scoaire à ses 200 étudiants, dont la plupart sont incapable de s'exprimer en français. Allez sur les sites de Michel Delord ou du GRIP, ou de Reconstruire l'école.
Anne-Marie.
Post 7 :
toto
29/09/2006 10:58:39
'Pardonnez-moi mais cette phrase ne me sied pas.
Il est possible de redresser la situation rapidement. J'y crois fermement. '
100% avec toi là .... On règle le souci en 3 semaines .....
C''est KIKI A dit 'Détruisez le TEMPLE, je vous le reconstruit EN 3 JOURS' ?
:o)))))))))))))
Post 8 :
toto
29/09/2006 10:59:26
messie messie
:o)))))))))))))
Post 9 :
Mamoune
29/09/2006 14:23:01
C'est bien ce que je disais à propos des soi-disant surdoués.
Post 10 :
Pierre-Henri
29/09/2006 20:16:07
Puisque je lis des compliments, j'accours.
Je suis docteur ès lettres, lauréat du prix de thèse 2006 de l'académie de Strasbourg. En ce moment, je bénéficie du programme que la France réserve à ses meilleurs diplômés, à savoir le programme RMI d'incitation à la fuite des cerveaux. Je suis aussi membre de l'association Reconstruire l'Ecole, présidée par l'indispensable Pedro Cordoba.
J'ai passé le CAPES de lettres modernes en 2001, ce qui a représenté un énorme choc pour moi. J'ai découvert, sidéré comme nous tous, que le premier adversaire de l'humanisme, en France, était l'éducation nationale elle-même. Je ne m'étends pas sur l'invraissemblable stupidité des programmes de français au collège/lycée, que vous connaissez tous. Le locutoire, l'illucutoire et le perlocutoire en 3ème, même sans être porté à l'exagération, on peut difficilement nommer cela autrement que de la folie.
Le bouleversement, pour moi, a été énorme. Avant de passer le CAPES, je n'avais pas la moindre idée de ce qui se jouait dans l'éducation nationale. J'ai été tellement secoué que j'ai démissionné après quelques semaines. Pendant longtemps, j'ai culpabilisé : et si c'était moi qui avais tort ? Suis-je réellement un odieux rétrograde extrémiste ploutocrate et embourgeoisé (alors que j'étais électeur de gauche jusqu'à ce moment ) ?
Dieu merci, j'ai découvert Sauver les lettres, Reconstruire l'école, SEL, et les autres. Et aussi, le texte que Laurent Lafforgue a prononcé en 2005 à l'assemblée générale du SEL, texte que m'a fait parvenir Reconstruire l'Ecole. Je ne suis pas du tout croyant, ni traditionnaliste comme semble l'être Lafforgue, et pourtant, en tant que docteur en humanités, j'attendais depuis des années qu'un chercheur français parle comme cela, écrive comme cela. En l'espace de quelques pages, il efface les centaines de volumes de charabia que produisent les pédagogistes et aussi, hélas, beaucoup d'universitaires.
Au milieu de ma bizarre situation d'échec-réussite (échec professionnel, réussite académique), constater que d'autres personnes pensaient comme moi m'a fait beaucoup de bien. Donc, même si je ne connais strictement rien à l'apprentissage de la lecture, je profite de mon passage ici pour remercier les grands anciens de tenir la baraque depuis des années, en dépit d'un rapport de force totalement disproportionné.
Post 11 :
toto
29/09/2006 20:54:58
Bienvenu sur le fouroum Piiiiiiiiiittttttttttteeeeeeeeeeuuuuuuuuurrrrrrrrrrr
;)
Si ça te gratouilles encore, je suis sûr que des bons comme toi peuvent avoir le droit à des recours, il suffirait de passer un chtit coup de fil ;)
Cela dit il y a encore bcp de fadas à reformater dans L'EN ....
'Donc, même si je ne connais strictement rien à l'apprentissage de la lecture'
Va falloir que tu te remettes à jour pour ce genre de petits (tout petits) soucis... Parce que c'est la base de tous les soucis...
Post 12 :
Anne-Marie Valette
29/09/2006 21:44:24
Merci de votre témoignage, Pierre-Henri.
Il est terrifiant, mais ne m'étonne plus. Sur les différents forum, on lit chaque jour de tels témoignages, certains vous glacent!
Très cordialement.
Anne-Marie.
Post 13 :
Mamoune
29/09/2006 22:04:51
Pierre - Henri, cela fait maintenant 40 ans, que la grand- mère ordinaire que je suis , attendait désespérément que l'on crie Au feu !, en se disant
ils deviennent fous à l'école...
Mieux vaut tard...
Et bon courage pour votre génération.